Petit-Rechain : Heureusement que le ridicule ne tue pas !

 

C'est durant l'automne 1991 que la SOBEPS commença à diffuser son premier “rapport” sur la vague ovni belge. Ce gros ouvrage de 502 pages s'ornait en couverture d'une photo aujourd'hui célèbre entre toutes et qui fut prise à Petit-Rechain. En page 413, Patrick Ferryn, l'EXPERT photo de la SOBEPS, s'exprimait à ce propos en quelques phrases qui ont aujourd'hui pour les sceptiques un goût de miel :
- C'est sans conteste le document le plus important dont nous ayons eu connaissance à ce jour, dans le cadre de la vague belge. Ces (sic) caractéristiques internes, les premières constatations qui en découlent, et la crédibilité de son auteur et de sa compagne, Mlle S., qui fut également témoin, nous ont incité à le faire figurer en couverture du présent ouvrage. Ce choix fut en outre motivé par le fait qu'il concrétise à merveille ce qui fut rapporté par tant et tant de nos concitoyens.

Eh bien on sait désormais que cette photo concrétisait d'autant mieux le "modèle" d'ovni que la SOBEPS avait alors popularisé dans les médias que son auteur s'en était directement inspiré pour fabriquer son trucage photographique en faisant valider son témoignage par sa compagne, aussi mystificatrice que lui-même ! Heureusement pour lui, M. Ferryn n'a jamais prétendu être voyant extra-lucide. Mais fut-il seulement un bon expert photo ?

Après avoir fait le récit des circonstances dans lesquelles le cliché aurait été réalisé, Patrick Ferryn continuait :
- Nous faisant l'avocat du diable, nous construisîmes une maquette aux proportions identiques : une plaquette de bois de découpe semblable, peinte en noir, fut percée de quatre trous garnis de petites ampoules de 1,5 volts alimentées par deux piles plates fixées au revers. (...) nous pouvons certifier qu'à aucun moment nous n'avons réussi, ne fût-ce que de manière approchante, à reproduire ce que montre l'original (...) Il y avait surtout les inexplicables “reflets” et “projections” de sortes de filaments jusqu'en dehors du périmètre de l'objet, dans le vide !

Il faut ici d'emblée souligner l'extravagance du procédé qui consista à juger du degré d'authenticité probable d'un cliché en tentant de reproduire son image à l'identique tout en usant de moyens supposés semblables à ceux qui auraient pu être utilisés pour truquer. Aucun expert n'agit jamais de cette façon.

Poursuivant ses explications, M. Ferryn ajouta que grâce aux relations de Léon Brenig la SOBEPS avait pu présenter cette photographie au professeur Acheroy, de l'Ecole Royale Militaire, qui assura aussitôt la SOBEPS de son aide.

Ce que Patrick Ferryn ne raconta pas, c'est qu'ensuite, en se basant sur un simple mémoire de fin d'études d'un de ses élèves auquel collabora le professeur Meessen, le professeur Acheroy soutint bien des fois dans les médias l'authenticité du cliché sans même dire que l'étude dont il parlait n'était pas sienne. La SOBEPS lui emboîta le pas en tentant toujours de faire passer cette étude pour un travail de haut niveau scientifique réalisé par le professeur Acheroy lui-même assisté de son équipe.

En réaction aux propos rappelés ci-dessus, tant le sceptique belge Wim Van Utrecht que les astrophysiciens Pierre Magain et André Remy réalisèrent, chacun de leur côté, et avec des moyens très simples, des clichés très semblables à celui que Patrick Ferryn prétendait n'avoir pas pu reproduire, même de loin. Dans les deux cas il ne s'agissait pas de prouver par là même que le cliché était truqué, mais bien de démontrer que les affirmations de Patrick Ferryn n'étaient ni soutenables ni démonstratives de quoi que ce fut.

Par la suite, dans son second rapport, la SOBEPS tenta de minimiser l'importance des clichés de MM. Van Utrecht et Magain-Remy en soulignant les différences, essentielles selon elle, entre les trois clichés.

Dans le même second rapport, la SOBEPS cita cette fois à l'appui de ses conclusions positives en faveur de l'authenticité du cliché de Petit Rechain l'ingénieur français François Louange, l'américain Richard Haines (qui fut un peu trop aisément pris plus tard pour une sorte de porte-parole de la NASA) et un responsable du service photographique de l'Institut Royal du Patrimoine Artistique en Belgique. En fait, tous ces gens se bornèrent, en gros, à souligner l'importance de l'étude réalisée, selon eux, par le professeur Acheroy.

Par la suite, le cliché fut confié par la SOBEPS au professeur Marion, un chercheur français qui avait cru démontrer l'authenticité du suaire de Turin en découvrant sur celui-ci des traces d'objets dont ses traitements informatiques parurent révéler l'existence. Le professeur Marion apporta à son tour pas mal d'eau au moulin de la SOBEPS et du professeur Meessen en croyant découvrir cette fois sur le cliché de Petit-Rechain des structures tourbillonnaires qui pouvaient accréditer un mode de propulsion de type MHD.

On en était là fin juillet 2011 quand, dans une interview accordée à la chaîne de télévision RTL, l'auteur du cliché avoua, le sourire aux lèvres, que ce dernier n'était qu'un trucage résultant d'une sorte de pari entre collègues et copains. Non seulement il expliqua que la photo avait été truquée par des moyens très simples (semblables à ceux utilisés par Wim Van Utrecht), mais il laissa clairement entendre que pas mal de personnes le savaient et qu'elles avaient su en garder le secret depuis toutes ces années.

Dans un premier temps, Auguste Meessen laissa entendre que l'auteur du cliché mentait sans doute pour d'obscures raisons. Puis, face à la camera de RTL, il alla interroger le plaisantin en le mettant au défi de refaire un trucage semblable, comme si cette démonstration seule pourrait aujourd'hui prouver que le cliché était bel et bien truqué. Cette méthodologie laisse une fois de plus pantois !

Je dois rappeler que dès la parution du premier rapport de la SOBEPS j'ai écrit et largement diffusé que le cliché de Petit-Rechain présentait toutes les caractéristiques d'un trucage. Je me basais alors sur un ensemble de faits et de raisonnements que voici :

1°) Le témoignage de l'auteur n'était pas crédible. Il disait par exemple qu'après avoir réussi à photographier l'objet dont tout le monde parlait alors et dont il n'existait pas une seule photo, il avait simplement rangé son cliché dans un tiroir sans en parler immédiatement autour de lui et sans songer en prévenir la presse. C'était tout simplement incroyable. Il disait encore que sa petite amie était rentrée dans la maison avant même que l'objet s'en aille. C'était tout aussi incroyable. Enfin et surtout, il prétendait avoir fait une pose d'une ou deux secondes en appuyant simplement son appareil sur le bord d'un mur et avoir utilisé un objectif zoom classique 55-200mm probablement placé d'instinct sur 200mm. Tout photographe expérimenté sait qu'il est impossible d'obtenir une photo nette dans de telles conditions et un simple calcul mathématique montrait que la taille de l'objet décrit ne correspondait en rien à ce qui avait été capté par l'appareil.
2°) Au lieu de renforcer la crédibilité du témoignage de l'auteur du cliché, les données fournies par la SOBEPS au départ de l'étude réalisée à l'Ecole Royale Militaire indiquaient, selon moi, deux choses essentielles. D'une part la température de couleurs des lumières ressemblait fortement à celle d'ampoules ordinaires dont le filament (terme utilisé par Patrick Ferryn lui-même !) paraissait visible en certains endroits en dehors du bord de l'objet principal. D'autre part, l'objet lui-même était nimbé d'une lumière dont l'origine semblait se situer derrière lui, ce qui était surprenant puisqu'il n'aurait du y avoir là, logiquement, que le ciel sombre.

D'emblée, il m'est apparu qu'une des poutres maîtresses de l'argumentation de la SOBEPS à ce sujet était l'étude réalisée à l'Ecole Royale Militaire. Je me la suis donc procurée en me rendant à la bibliothèque de l'Ecole Royale Militaire et après avoir échangé quelques courriers à ce sujet avec M. Acheroy. J'ai ainsi pu vérifier qu'il s'agissait bel et bien d'un simple travail de fin d'études d'un étudiant qui comportait pas mal de “remplissages” et de redondances afin d'atteindre un volume convenable pour quelque chose de ce genre. Outre diverses remarques du professeur Meessen, il ne comportait véritablement qu'une courte partie technique analytique que je soumis à deux astrophysiciens belges spécialisés dans le traitement informatique d'images numérisée et travaillant dans deux universités différentes. Leur verdict fut sans appel : très faible niveau scientifique, nombreuses idées préconçues et mauvaise exploitation de techniques informatiques déjà très basiques. L'un d'eux, Pierre Magain, me fit même remarquer que la numérisation du cliché utilisée pour cette étude comportait des plages complètement saturées (voir planche 7.17c du premier “rapport” de la SOBEPS) qui rendaient évidemment impossible toute exploitation scientifique de ces parties du cliché.

Que des chercheurs belges ou étrangers aient pu parler élogieusement d'une prétendue étude du professeur Acheroy en se référant à un travail d'étudiant qu'ils n'eurent donc sans doute jamais en main a de quoi laisser songeur quant à leur naïveté ou leur désir de croire au mystère.

Tels des chats retombant toujours sur leurs pattes, nombre d'ufologues -Patrick Ferryn et Auguste Meessen en tête- disent aujourd'hui qu'il n'est pas important que la photo de Petit-Rechain soit vraie ou truquée. Car, soutiennent-ils désormais, cette photo n'est pas toute la vague et n'est même pas représentative d'elle. Il y aurait en effet, selon leur nouvelle argumentation, tout le reste.

Voilà le discours revu et corrigé que nous servent aujourd'hui ces messieurs !

Or, il suffit de relire la citation ci-dessus de Patrick Ferryn et de constater que la photo de Petit-Rechain illustra les deux couvertures des deux rapports successifs de la SOBEPS pour conclure que ce document n'était certainement pas sans importance aux yeux de ces gens jusqu'il y a peu. Quand on considère ensuite les suppositions et théories fantastiques qu'Auguste Meessen émit à leur sujet, on ne peut pas soutenir non plus que la fausseté de ce cliché est dans son chef sans importance.

En fait, c'est le dernier maillon d'une courte chaîne d'arguments prétendument solides qui vient de se briser net. Chacun sait ou devrait savoir ce qu'il est advenu des fameux échos radar dont Auguste Meessen avait osé écrire (en majuscules d'imprimerie) “Toute autre hypothèque que celle des ovni est exclue à pratiquement 100 %.” Rappelons que cette conclusion avait également été soutenue à l'époque par le professeur Schweicher de l'Ecole Royale Militaire et Jean-Pierre Petit. En outre, dans les milieux bien informés, on sait désormais que beaucoup d'enquêtes effectuées par la SOBEPS ne valaient pas l'encre et le papier qui permirent de les rédiger. Par exemple, l'extraordinaire observation de Ramillies, effectuée par la crème même des responsables de la SOBEPS, ne concernait... qu'un avion. Et l'on doit rappeler à ce sujet que l'expert photo de la SOBEPS (P. Ferryn), présent sur les lieux et équipé d'un puissant zoom (300 mm), n'obtint de l'objet qu'un si piètre cliché que le physicien Auguste Meessen crut devoir sauter sur l'occasion pour émettre une nouvelle théorie, basée sur l'effet Herschel, selon laquelle les rayonnements des ovnis empêchaient parfois que ces engins soient fixés par la pellicule. On peut raisonnablement penser que le même savant théoricien aurait trouvé une autre explication si l'appareil photo de Patrick Ferryn avait été de type numérique. Mais à l'époque...

Ainsi donc, comme la souligné le professeur Pierre Magain lors d'une interview récente ( http://pangolia.com/blog/?p=804 ), la différence entre les scientifiques et les gens de la SOBEPS consiste en ceci : les premiers sauteraient de joie s'ils tombaient un jour sur un phénomène extraordinaire, incompréhensible de prime abord, qui serait un indice marquant de la présence d'extraterrestres dans nos cieux. Malheureusement, jusqu'ici, ils n'ont connu que des déceptions à chaque fois qu'ils examinèrent attentivement un fait prétendument mystérieux qui leur était rapporté. Les seconds, quant à eux, croient par principe que des extraterrestres nous visitent dans des ovnis et ils s'arrangent en permanence pour ne conserver que les faits qui les intéressent en les pliant de surcroît à leurs suppositions et leurs théories. Lors de la même interview, le professeur Magain rappelait aussi qu'au cours d'un entretien qu'il eut jadis avec Auguste Meessen à l'Institut d'Astrophysique de Liège (j'étais présent - NDL'A) M. Meessen recommença par trois fois le même discours général sur la méthodologie scientifique alors qu'il lui était demandé autant de fois de répondre précisément au fait qu'un (pseudo)écho radar n'avait pas changé de place sur l'écran alors que l'avion faisait une large courbe. Le témoignage du professeur Magain est ici fort important car l'attitude du professeur Meessen qu'il décrit là consiste à faire l'autruche ou se rendre sourd et aveugle à la vérité imposée par les faits.

Aujourd'hui, grâce à l'auteur du cliché de Petit-Rechain, on peut dire que la boucle est bouclée. La vague ovni belge dont on a fait si grand cas ici et là n'a jamais reposé sur la moindre preuve matérielle : aucun film, aucune photo des prétendus ovnis qui étaient censés déferler alors chaque soir sur une partie du pays n'a résisté aux analyses. Aucun écho radar n'a corroboré la moindre observation visuelle jugée mystérieuse. Aucune image satellite auxquelles de nombreux spécialistes ont accès n'a jamais montré le moindre objet suspect. La Belgique ne fut donc pas envahie par des engins d'un autre monde mais fut, sur une petite partie de son territoire, l'objet d'une sorte d'expérience d'intoxication psychologique menée par la SOBEPS avec la complicité des medias, plus ou moins consciente ou inconsciente, selon les cas. Je gage que, mis en face de cette évidence, certains ufologues finiront par dire que les ovnis et leurs pilotes sont de purs esprits qui envahirent pourtant bel et bien la Belgique. D'ailleurs, dans une interview accordée au groupement Ovni-Languedoc peu après que l'auteur du cliché de Petit-Rechain eut avoué son trucage, Patrick Ferryn disait déjà que l'hypothèse extraterrestre, bien qu'étant la plus attrayante, ne vient qu'en dernier dans la liste des probabilités. Quant à Jean-Luc Vertongen, qui fut pendant longtemps le chef du réseau des enquêtes de la SOBEPS, il a dit clairement que les extraterrestres n'existaient pas, ce que certains ufologues lui ont amèrement reproché et ont expliqué par des menaces dont il aurait sans doute été l'objet ! Une autre hypothèse est déjà en marche...

+++

Ce qui précède ne serait pas complet si je n'ajoutais quelques mot à propos de Patrick Marechal. Dans un premier temps, je pris contact par écrit avec lui et lui soumis une série de questions auxquelles il répondit de bonne grâce via e-mails. Ce fut pour moi l'occasion de juger du niveau extrêmement faible de ses connaissances orthographiques et grammaticales. C'est bien simple, pour rendre compréhensibles ses réponses à des étrangers habitués à la lecture de la langue française, je dus les réécrire complètement. Quelle ne fut pas ma stupéfaction, peu après, de découvrir, grâce à Patrick Maréchal lui-même, un blog où il semblait discuter désormais de toutes sortes de sujets présumés mystérieux, et ce, avec une bonne connaissance de l'orthographe et de la grammaire. Personne, sachant ce que je savais de sa maîtrise de la langue française, ne pouvait imaginer un seul instant qu'il était l'auteur de ce blog. Il insista cependant, cherchant à me faire croire que personne ne se cachait derrière son nom et qu'il était personnellement l'auteur de tout ce qui s'y trouvait. Mais, déjà, des commentaires à ce sujet circulaient et démontraient que non seulement ce blog n'était pas de lui mais qu'il dépendait pour beaucoup d'un système basé sur le copier-coller...

Dans un premier temps, Wim Van Utrecht et moi avions pris des arrangements avec P. Marechal pour le rencontrer. Pris de sérieux doutes quant à ce qu'une telle rencontre pourrait apporter d'utile, nous avons fini par annuler purement et simplement notre projet.

Sur certains forums ufologiques, des intervenants n'y vont pas pas quatre chemins et jugent sévèrement Patrick Marechal au vu de son comportement récent. Ils concluent qu'il est une sorte de menteur pathologique capable de dire tout et son contraire en l'espace d'un court instant. Il n'a, selon eux, aucune crédibilité et pourrait donc bel et bien avoir menti en affirmant avoir truqué sa photo. Autrement dit, l'attitude de Patrick Marechal est telle aujourd'hui qu'elle permet à certains de remettre en selle la crédibilité de sa photographie.

Il faut, dans cette affaire, raison garder. La photo est truquée, c'est certain, et cela était connu des gens sérieux depuis longtemps compte tenu des arguments psychologiques et surtout techniques exposés plus haut. Que diverses personnes aient pu croire le contraire ne peut s'expliquer que par de l'incompétence, une volonté de croire qui obscurcit le jugement scientifique ou de la mauvaise foi. A chacun de se faire son opinion à ce sujet. Les aveux de Patrick Marechal ne furent utiles aux chercheurs sceptiques que parce qu'ils ajoutèrent certaines précisions quant à la méthode utilisée pour le trucage et les circonstances dans lesquelles il fut réalisé. Le peu de crédibilité du personnage réduisent cependant l'intérêt de ces précisions. Je pense, par exemple, qu'il a faussement déclaré que nombre de ses collègues étaient au courant et qu'il avait conservé les négatifs de ses essais. En fait, seuls les renseignements qu'il a fournis quant au matériel qu'il a utilisé pour son trucage concordent avec ce que nous savions et ce qui est vraisemblable. Pour le reste, Patrick Marechal offre un triste exemple de ce que certains individus peuvent être amenés à faire pour se rendre intéressants et, surtout, quand ils se croient devenus des "stars mediatiques"...

 

Marc HALLET
Liège, 27 août et 27 novembre 2011

 

RETOUR A LA TABLE DES MATIERES