SOUVENIRS PERSONNELS D'UN EX-UFOLOGUE
Les ufologues savent généralement peu de chose, sinon rien, de la manière
dont évoluèrent les idées de ceux qui, un beau jour, se considérèrent ou furent
considérés comme des “ex-ufologues” ou même (selon les dires de certains) des
“ufologues repentis”. Parfois, on affirme avec dédain qu’ils “retournèrent leur
veste” un peu comme s’ils avaient trahi leurs semblables et renié leurs idées.
Une telle manière de dire les choses est non seulement caricaturale mais mensongère
et l’on pourrait croire qu’elle ne sert qu’à écarter chez certains l’idée de
se poser sur ces ufologues les questions qui s’imposent... Il ne devrait en
effet échapper à personne que parmi le nombre toujours plus élevé d’ex-ufologues
qu’on peut recenser, il s’en trouve beaucoup qui furent jadis considérés par
leurs semblables comme particulièrement bien informés ou compétents. Or, c’est
précisément de la part de telles personnes qu’on s’attendrait le moins à observer
des “retournements de veste” soudains. Dès lors, il doit bien exister de graves
motifs pour lesquels ils ont un jour “viré de bord”...
Afin d’éclairer quelque peu cette question, j’ai pensé qu’il serait peut-être
utile de livrer enfin à un public spécialisé quelques souvenirs personnels glanés
tout au long d’une activité ufologique remontant maintenant à plus de trente
années... ? ? ?
J’étais un jeune lycéen quand je résolus de m’informer au sujet des “soucoupes
volantes” (comme on disait alors). Après que mon frère aîné m’eut rapporté de
la grande bibliothèque publique qu’il fréquentait les deux premiers livres de
Jimmy Guieu, je découvris dans une autre (dans le rayon réservé aux “moyens
de locomotion”!), les premiers ouvrages de Donald Keyhoe et Aimé Michel. Si
Guieu avait traité fort favorablement du cas Adamski, l’inverse était vrai d’Aimé
Michel et Keyhoe. Or, comme tous ces ufologues racontaient à ce sujet des choses
parfaitement dissemblables, je voulus me forger une opinion en lisant ce qu’Adamski
avait vraiment rapporté. A l’époque, le seul de ses livres disponible en langue
française était celui paru aux éditions La Colombe. Ce fut un camarade de classe
qui me le dénicha dans une troisième bibliothèque. En même temps, mon meilleur
copain me signala les deux premiers livres de Robert Charroux qu’il avait lui-même
découverts grâce à un professeur de yoga féru d’ésotérisme. Telle fut la documentation
de base sur laquelle j’assis mes premières “croyances ufologiques”. Comme à
cette époque les photocopies étaient rares et coûteuses et que la plupart des
livres que je viens de citer ne m’appartenaient pas, je dus, pour me constituer
une documentation aisément consultable, rédiger de nombreux résumés auxquels
furent jointes des reproductions photographiques qu’un photographe professionnel
voulait bien me faire manuellement à un prix raisonnable.
Animés de la foi aveugle des nouveaux convertis, mon meilleur copain et
moi sautâmes sur toutes les occasions possibles pour répandre dans notre école
notre conviction que les soucoupes existaient bel et bien. Avec l’accord du
Proviseur, nous créâmes même notre propre bulletin d’informations qui connut
quatre ou cinq numéros imprimés à l’aide d’une machine à alcool. Notre activité
soucoupique attira alors vers nous des naïfs, des moqueurs et des sceptiques,
ces derniers essayant de nous convaincre sans arguments précis que nous étions
nous-mêmes des naïfs. C’est alors que, par le plus grand des hasards, j’entrai
en contact avec le groupe belge BUFOI...
Ce groupe avait été fondé par une dame Lambotte qui avait pris contact avec
Adamski alors qu’elle était l’épouse du docteur Morlet. Au fil des années, elle
était devenue une des principales collaboratrices du célèbre contacté avec lequel
elle avait travaillé jusqu’en 1965 quand celui-ci était décédé. Devenue veuve,
elle s’était remariée avec Keith Flitcroft, ex-membre actif du groupe australien
qui avait organisé le tour du monde d’Adamski. Mme Morlet-Flitcroft éditait
un bulletin (Bufoi) auquel je fus rapidement invité à collaborer. Compte tenu
de ma personnalité, elle m’ouvrit très vite la totalité de ses archives, y compris
son courrier personnel qui était resté, jusque-là, confidentiel. Nous étions
alors à la fin des années 60 et des événements survenus à l’occasion de la conquête
de la Lune semblaient nous démontrer qu’Adamski n’avait pas menti en décrivant
ses voyages dans l’espace...
C’est alors que je fis deux rencontres qui s’avérèrent déterminantes dans
ma vie.
Durant un week-end, je pus m’entretenir longuement avec le major Hans C.
Petersen qui avait bien connu Adamski et qui venait de constituer une documentation
photographique troublante au départ de clichés obtenus de la NASA. Cette documentation
avait été en grande partie reproduite en diapositives que le major vendait et
utilisait dans des conférences afin de prouver que les photos lunaires montraient
toutes sortes de constructions et d’objets qui témoignaient d’une intense activité
intelligente sur notre satellite. C’est cette collection que Fred Steckling
utilisa principalement de nombreuses années plus tard comme base d’un livre
à succès. Il n’y parla guère de son activité principale de “contacté” et s’arrangea
pour faire croire que presque tout le mérite de la documentation qu’il présentait
lui revenait. La documentation du major Petersen souleva en moi un enthousiasme
extraordinaire et je résolus de creuser désormais cette question. C’est ainsi
que dans les mois qui suivirent je fréquentai assidûment la bibliothèque de
l’Institut d’Astrophysique de Liège et que je me procurai à la NASA un nombre
important de documents et d’ouvrages destinés à des professionnels. Il en résulta
un énorme manuscrit illustré (qui ne fut jamais publié) et une série de conférences
données sous les auspices de BUFOI.
A la même époque, c’est-à-dire au tout début des années 70, je devins l’ami
d’un artiste et de son épouse qui, tous deux, étaient nettement plus âgés que
moi. Cet artiste, qui avait ouvert une librairie spécialisée où l’on pouvait
discuter de sujets insolites pendant des heures, m’initia aux énigmes historiques
touchant l’origine des religions. Parallèlement à mes recherches ufologiques,
je commençai ainsi à me plonger de plus en plus souvent dans des ouvrages historiques
touchant les croyances religieuses et le mysticisme...
Un jour, au beau milieu d’une de mes conférences, un de mes auditeurs (que
je ne saurais trop remercier!) m’indiqua avec raison que je commettais une faute
de jugement en présentant ce que Hans Petersen disait être une cheminée lunaire
projetant une longue ombre sur le sol. Piqué au vif par cette remarque pertinente,
je résolus de vérifier chaque document de la collection Petersen au moyen de
mon énorme atlas photo Lunar Orbiter. En quelques jours, toutes mes illusions
s’envolèrent : Petersen s’était systématiquement trompé en usant certainement
de reproductions très mal contrastées. Je voulus l’en avertir pour lui éviter
de s’égarer davantage, mais il reçut bien mal ma mise en garde et je compris
ce jour-là que la Philosophie Cosmique d’Adamski n’épargnait pas ses adeptes
de se montrer sectaires quand leurs belles croyances étaient bousculées...
Mme Flitcroft se montra navrée de l’incident mais n’insista pas. Elle envisageait
en effet pour moi un travail bien plus important à ses yeux : écrire la biographie
définitive d’Adamski. J’étais certes alors convaincu qu’Adamski avait dit la
vérité dans ses livres ; mais je ne voulais pas écrire sur un sujet si controversé
des choses qui ne fussent pas démontrées de façon rigoureuse. Mme Flitcroft
me donna carte blanche pour puiser dans sa documentation personnelle et pour
me servir de relais si j’avais des questions à poser à d’autres personnes qu’elle
ayant bien connu Adamski et travaillant encore ou non au sein de la George Adamski
Foundation. Bien que je fus encore novice en la matière, je résolus d’appliquer
au cas Adamski les méthodes de la critique historique auxquelles je me frottais
de plus en plus souvent dans le cadre de mes recherches dans le domaine des
religions. Je repris donc le problème à zéro en le découpant en tranches chronologiques.
Alors, des contradictions m’apparurent et je fus surpris de constater que les
adamskistes ne pouvaient les expliquer. Certaines de mes demandes auprès de
la Fondation se heurtèrent à un refus non motivé. Je trouvai cela curieux et
malsain. Enfin, un soir, alors que j’avais mis le film Rodeffer/Adamski sous
la platine d’un microscope professionnel, je découvris la preuve absolue d’un
trucage par superposition de deux séquences tournées séparément. Un si énorme
trucage suggérait que d’autres, aussi graves ou plus mineurs, pouvaient avoir
été réalisés par Adamski. Au BUFOI, ma découverte déclencha une courte panique
suivie d’une sombre colère... Le point culminant de nos désaccords fut alors
rapidement atteint et je jugeai bon de quitter définitivement ce groupe, emportant
avec moi toute ma documentation et même les maquettes du bulletin que je réalisais
alors en grande partie.
C’est à ce moment que Michel Moutet qui se préparait à créer la Revue
des Soucoupes Volantes, prit contact avec moi. Pour lui j’écrivis pas mal
d’articles dont deux restent, aujourd’hui encore, particulièrement révélateurs
de la démarche que j’ai adoptée depuis lors. Grâce à ces articles (et quelques
autres) j’introduisis pour la première fois dans l’ufologie une discipline à
laquelle personne encore n’avait recouru : la critique historique. Le premier
de ces articles démontrait que la célèbre vision d’Ezechiel était d’ordre purement
symbolique et cosmogonique. Seuls des gens peu instruits en ces matières pouvaient
croire que ce texte prophétique avait un quelconque rapport avec les OVNI. Le
second article prouvait que le prétendu mystérieux satellite évanescent de Vénus
n’avait jamais eu droit à l’existence que grâce à une série d’erreurs commises
par des astronomes peu qualifiés ou disposant d’un matériel peu fiable. Le premier
de ces deux articles qui contredisait les affirmations d’Adamski m’avait été
refusé au Bufoi sous le prétexte fallacieux qu’il contrarierait les lecteurs
juifs. Le second m’avait été refusé par le fondateur de la revue Kadath parce
qu’il contrecarrait ses opinions personnelles touchant les prétendus mystères
relatifs à la cosmogonie des Dogons. C’est ainsi que j’ai commencé à comprendre
comment fonctionne la censure interne dans certains groupuscules spécialisés
dont les fondateurs prétendent pourtant informer leurs adhérents à propos de
choses qui leur seraient cachées par les scientifiques ou les gouvernements...
Après que Michel Moutet eut cessé de faire paraître sa revue, je proposai
des articles à quelques revues ufologiques françaises. A l’époque, j’eus plusieurs
fois l’audace de critiquer sévèrement la méthodologie et l’érudition d’Aimé
Michel, preuves à l’appui. Si l’intéressé m’écrivit une seule lettre assez sobre
dans laquelle il ne chercha même pas à contester mes arguments, certains de
ses partisans, quant à eux, montrèrent en ces occasions quels genres de “chercheurs”
ils étaient. L’un d’eux, célèbre universitaire, commença par me tancer hautainement,
puis fit amende honorable et me présenta même des excuses quand je lui eus démontré
qu’il parlait de façon magistrale de choses dont il n’avait pourtant qu’une
connaissance fort lacunaire. Un autre, qui n’a jamais rien produit de constructif
dans les domaines qui nous occupent ici et qui a récemment fait une rentrée
agitée sur la scène ufologique après une très longue éclipse, m’envoya pour
tout argument... un papier hygiénique. Tel était le niveau de la contradiction!
Quant à ceux qui avaient publiés mes articles, ils l’avaient moins fait dans
un souci de vérité que dans le but d’attirer l’attention sur leurs modestes
publications. On sait en effet qu’une publicité tapageuse est parfois la meilleure
et toujours la moins coûteuse.
Le moment vint où j’estimai qu’aucune publication ufologique de langue française
ne m’offrait plus les garanties de sérieux que je souhaitais. Je me tournai
alors résolument vers l’auto-édition de monographies. En 1984, j’en diffusai
une dans laquelle je soulignais un grand nombre d’absurdités caractérisant le
petit monde de l’ufologie. Je m’attaquais là, principalement, à certains modes
de raisonnement et à des méthodologies douteuses. J’y expliquais également de
grands cas classiques anciens et modernes, montrant que la seule érudition suffisait
bien souvent à écarter du dossier ufologique ce que des auteurs y avaient fait
entrer par audace ou ignorance. Je contestais même la valeur du fameux cas Villas
Boas en n’usant pour ce faire que du bon sens et de connaissances sexologiques
élémentaires que ne semblaient pas avoir les “grands” ufologues. J’avoue cependant
avoir commis la maladresse de donner à cette monographie une forme romancée
qui étonna et irrita certains à juste titre.
En juin 1985, j’ai publié un catalogue d’observations OVNI touchant les
expériences spatiales russes et américaines. J’y montrais que beaucoup de ce
qui avait été dit à ce sujet dans la littérature ufologique était faux et que
même des gens comme Hynek et Vallée rapportaient n’importe quoi sans rien vérifier.
A l’époque, cependant, j’étais si loin de rejeter en bloc l’ufologie et les
ufologues que je versai au dossier un bon nombre de photographies qui n’avaient
encore jamais été publiées et que j’avais trouvées dans des archives NASA réservées
à des professionnels. Je les ai retrouvées bien plus tard chez des ufologues
qui ont oublié de me citer.
En avril 1986, dans “Astronomes et OVNI” je crus devoir démontrer
que la plupart des “grands” ufologues avaient toujours parlé des météores et
de leurs trajectoires sans rien y connaître. Leurs adeptes avaient répété leurs
affirmations sans rien vérifier et des quantités d’observations de météores
s’étaient ainsi retrouvées dans des catalogues d’observations ufologiques. Par
la suite, j’eus l’occasion de diffuser d’autres monographies sur le même sujet
pour achever de prouver que les météores peuvent avoir des trajectoires très
complexes et que le Président d’un célèbre groupe ufologique belge avait pour
le moins sollicité une traduction afin de transformer un ancien dessin d’un
météore banal en machine d’un autre monde...
En février 1988, dans “Prodiges célestes”, je stigmatisai encore
le même ufologue ainsi que quelques-uns de ses semblables qui, par incompétence,
avaient confondu de simples aurores boréales avec des OVNI et qui avaient fait
entrer ces observations dans l’inconsistant musée des OVNI.
Entre-temps, fin 1985, un éditeur suisse avait publié mon livre sur les
apparitions mariales dont les épreuves avaient été revues par Michel Monnerie
qui était déjà devenu pour moi un véritable ami. Dans ce livre où je déboulonnais
le fameux “miracle solaire” de Fatima, on pouvait lire entre les lignes de très
sérieuses critiques à l’encontre des méthodes employées par les ufologues qui
s’infatuaient d’être capables de réaliser des “enquêtes sérieuses” auprès de
témoins qu’ils croyaient crédibles.
Mais voilà : tous ces cas que j’ai expliqués et toutes ces critiques méthodologiques
que j’avais faites ne reçurent pratiquement aucun écho dans la littérature ufologique.
Beaucoup pillèrent mes textes sans me citer, mais aucun n’osa analyser ma démarche
ou discuter de mes publications dans une revue ufologique. Profitant de mes
faibles moyens de diffusion, mes adversaires idéologiques et les pilleurs firent
comme si j’avais complètement disparu de la scène ufologique... Dès lors, certains
auteurs n’ayant jamais pris connaissance de mes travaux (qui restèrent limités
à une très faible audience) continuèrent (et continuent!) à ténoriser toutes
sortes de sottises que j’ai depuis longtemps dénoncées comme telles.
Pendant plusieurs années encore, j’effectuai des vérifications, principalement
en analysant les plus anciens ouvrages ufologiques américains que j’avais pu
me procurer. Je pus ainsi, peu à peu, retracer la chronologie des événements
qui avaient conduit à l’ufologie moderne. En 1989, je publiai ce qui, pour moi,
devait être mon ouvrage définitif sur le sujet : Critique historique et scientifique
du phénomène OVNI. Une fois encore, la presse ufologique n’en parla pas. Mais
de France, de Belgique et d’Angleterre, des astronomes et des astrophysiciens
m’envoyèrent des félicitations et des encouragements qui récompensèrent largement
mes efforts. L’ouvrage fut vanté dans plusieurs publications astronomiques dont
le Bulletin de la Société Astronomique de France. Je fus même invité
à m’exprimer dans deux observatoires devant plusieurs astronomes et astrophysiciens
préoccupés par une littérature ufologique qu’ils estimaient foncièrement mensongère.
De ce fait, quand un célèbre groupe ufologique monopolisa les médias avec
la prétendue “vague OVNI belge”, je fus en quelque sorte tout désigné comme
consultant auprès d’astronomes qui tentaient de comprendre à quelle sorte de
manipulation ou d’hystérie collective on avait vraiment affaire. En effet, il
n’a pas été assez dit qu’à l’époque où des quantités de gens prétendaient apercevoir
de nombreux engins mystérieux dans une région bien délimitée, un bon nombre
d’astronomes et leurs étudiants couvraient la même région au départ d’endroits
idéalement situés et ne voyaient, quant à eux, rien de particulier!
Quand parut le premier “rapport” du groupe ufologique qui monopolisa sur
ce sujet l’attention, dix scientifiques belges de renom, tous spécialisés dans
l’étude des phénomènes célestes, publièrent une mise au point ferme à laquelle
ils demandèrent que soit jointe mon analyse critique du “rapport”. Dès ce jour-là,
le doigt fut mis sur les fautes méthodologiques qui contraignirent un des principaux
acteurs de ce groupe à faire une formidable marche arrière dans le second “rapport”
que ces ufologues publièrent. Chose curieuse : alors que je fus le seul ex-ufologue
a avoir été en contact permanent avec des astronomes belges s’étant intéressés
de près à cette vague ufo-médiatique, aucun ufologue français ayant écrit sur
le sujet ne m’a jamais contacté ou demandé mon avis. Ce n’est pourtant pas faute
d’avoir ignoré mon “activisme” en la matière. Rien que cela devrait permettre
à chacun de juger quelle sorte de “chercheurs” sont les ufologues qui se prévalent
de sociologie ou d’ethnologie pour entretenir un public d’un sujet sur lequel
ils se gardent bien de réunir une information réellement objective. ? ? ?
Quelles conclusions puis-je tirer de toutes ces années passées à m’occuper,
entre autres choses, de l’ufologie et des ufologues?
On m’a reproché un jour de m’être défini dans une interview comme un “mythologue”
plutôt qu’un ex-ufologue. Je voulais alors simplement faire comprendre que ma
réflexion embrassait désormais bien davantage que la seule ufologie. En fait,
ce qui m’intéresse aujourd’hui plus que jamais, ce sont les idées fausses ou
préconçues, les croyances absurdes et les tabous injustifiés dont tant d’êtres
humains sont directement ou non les victimes. Compte tenu de l’ampleur d’un
tel champs de réflexions, chacun peut comprendre que l’ufologie et son minuscule
cortège d’adeptes n’entrent désormais plus dans mes préoccupations que pour
une part assez congrue. N’en déplaise à ceux qui clamaient jadis que les OVNI
étaient le plus grand problème scientifique des temps modernes, j’ai fortement
relativisé cette opinion!
Au fil des années, qu’ai-je constaté?
- J’ai constaté que la presse parallèle est généralement tout le contraire
de ce qu’elle prétend être. Elle ne véhicule pas des idées visant à libérer
l’homme des croyances absurdes ou des idées fausses qui le limitent ; elle cherche
plutôt à lui imposer une vision radicalement fausse et paranoïaque du monde.
A en croire cette presse, en effet, un petit nombre seulement d’initiés détiendraient
de larges bribes d’une vérité qui serait cachée au plus grand nombre au moyen
de conspirations extraordinairement complexes. Ce que les éditeurs de cette
presse se gardent de souligner, c’est qu’il faudrait employer un personnel extraordinairement
nombreux pour mener à bien toutes ces conspirations... ce qui rend cette thèse
totalement indéfendable et absurde.
- J’ai constaté qu’une majorité d’éditeurs publient des ouvrages favorables
aux sciences parallèles non parce qu’ils en admettent le bien fondé, mais parce
qu’ils savent que les thèses absurdes sont commercialement bien plus rentables
que les idées développées dans des ouvrages d’érudition conçus pour mener nos
semblables vers plus de liberté de pensée et d’expression.
- J’ai constaté qu’une écrasante majorité de gens qui croient faire de la
recherche parallèle ne dépassent jamais les limites de celle-ci en ce qui concerne
les références bibliographiques qu’ils consultent réellement. Ce faisant, ils
ne font que tourner en rond et répéter sans cesse les erreurs, les mensonges
et les faux raisonnements de leurs prédécesseurs.
- J’ai constaté que si la plupart des gens croient encore aux fables que
leur débitent toutes sortes de faiseurs de mystères, c’est parce qu’ils n’ont
jamais pris ou pu prendre le temps de vérifier quelques-uns des faits prétendus
que les “boni-menteurs” citent pour accroître sans cesse leur pouvoir sur les
naïfs.
- J’ai constaté que quiconque veut se donner la peine et prendre le temps
de vérifier un fait étrange précis en s’entourant du concours éventuel de véritables
spécialistes des questions que ce fait pourrait concerner, trouve pratiquement
toujours une solution claire et rationnelle qui est parfois très éloignée de
l’information brute examinée au départ.
Depuis maintenant plus de quinze ans, j’ai vu venir ou revenir vers moi
des gens qui avaient honnêtement cru à l’existence des OVNI et qui, aujourd’hui,
sont arrivés à la conclusion que les OVNI n’existent pas. Eux et moi, nous avons
pour la plupart suivi des chemins différents, chacun étant cependant animé du
désir d’opérer des vérifications précises et systématiques. Pour les uns, comme
ce fut le cas pour moi, l’évolution fut lente et continue ; pour d’autres, elle
fut brutale, l’évidence de l’absurdité de leurs croyances passées leur étant
apparue d’un seul coup, à la faveur d’un événement particulier qui agit sur
eux comme une goutte d’eau faisant déborder un vase. Aucun d’entre nous ne fut
“traumatisé” par la vérité qui s’imposa à lui et il est donc particulièrement
mensonger de nous présenter comme des “croyants” ayant brutalement “viré leur
cuti” pour quelque sombre raison ayant fait de nous des “debunkers” patentés
et sectaires.
Les années passant, j’ai également vu apparaître une grande quantité de
“nouveaux ufologues” et de jeunes ufologues aimant faire croire qu’on n’avait
attendu qu’eux pour que des démarches sérieuses surgissent au sein de l’ufologie.
Hélas! Ils ignorent certaines choses essentielles que seule une longue expérience
permet d’acquérir. Et cela leur fait réécrire une bien singulière histoire nombriliste
de l’ufologie... Aujourd’hui, certains de ces nouveaux venus puisent la plus
grosse part de leur documentation ufologique dans le Web, où chacun peut se
permettre d’écrire n’importe quoi. C’est ainsi que j’y ai vu récemment quelqu’un
me conseiller de m’intéresser un peu à l’ufologie pour éviter de commettre des
erreurs de jugement. Je me demande bien depuis quand il s’y intéressait, lui,
pour ignorer que je navigue et fais des remous dans l’ufologie depuis près de
trente ans! Un autre jeune ufologue produisit il y a quelques années une brochure
basée, croyait-il, sur de bonnes photos NASA pêchées sur le Net. Il déchanta
quand je lui eus prouvé que ses conclusions étaient fausses parce que ses documents
ne valaient rien. Sur mes conseils, il se procura enfin une bonne documentation
et chercha aussitôt à se refaire une virginité dans le domaine en attaquant
violemment ceux dont il avait partagé peu auparavant les idées. Quant à moi,
il m’oublia, sans doute pour mieux faire croire que tout le mérite de ses “trouvailles”
lui revenait...
Aujourd’hui, vis-à-vis de gens qui ont pillé mes écrits ou mes idées sans
jamais me citer, je ne puis plus éprouver que le mépris qu’on réserve aux médiocres
vaniteux. Et, comme l’a dit Montaigne, il faut être économe de son mépris tant
sont nombreux les nécessiteux. Que puis-je ressentir en revanche vis-à-vis des
gens qui ont été et qui sont encore trompés, ou vis-à-vis de ceux qui sont plongés
dans les ténèbres de leurs idées fausses et de leurs raisonnements boiteux?
Une certaine compassion et un profond désir de leur venir en aide... s’ils le
veulent. Mais le veulent-ils nécessairement? C’est Michel Monnerie qui me disait,
voilà bien des années, que combattre les croyances absurdes des gens était vain
car la plupart d’entre eux ont besoin de cela pour vivre. C’est pourquoi mon
activité a finalement profondément changé : je ne combats désormais plus les
croyances ; je les débusque, je les indique, et j’en explique les origines.
Chacun peut faire ensuite avec elles comme bon lui semble. Car contrairement
à la plupart des “chercheurs” parallèles, je ne vise pas à faire des adeptes
ou des disciples. J’apprécie simplement de me trouver en compagnie d’esprits
ouverts plutôt que d’esprits faux et de dialoguer, l’échange courtois des opinions
et des informations permettant dans tous les cas de progresser.
En tant d’années d’activités touchant entre autres choses l’ufologie, j’ai
pu mesurer tout le poids des erreurs, des mensonges, de la bêtise et même des
mesquineries qui font que l’ufologie n’est pas et ne pourra jamais être une
science. Elle ne sera jamais que le dada de gens qui ne savent pas faire autre
chose pour tenter de se rendre utiles ou de gens qui voient là l’occasion de
sortir de leur médiocrité personnelle en donnant l’illusion qu’ils sont des
esprits éclairés. Et parfois, le fait que çà leur rapporte financièrement constitue
le meilleur justificatif de leur action.
Que représente aujourd’hui l’ufologie à mes yeux? C’est une sorte d’idéologie
utopiste, née d’erreurs de jugement ou même de mensonges aujourd’hui oubliés
ou occultés. Elle est partagée par un certain nombre de gens qui se croient
bien informés pour avoir laissé un tout petit nombre d’individus médiocres leur
montrer la manière dont il fallait interpréter ou comprendre certains faits
prétendus. Au demeurant, tous ces braves gens et ces quelques médiocres représentent
très peu de chose sur le vaste échiquier du monde et c’est un luxe certain que
de pouvoir s’en préoccuper autant que je le fais encore...
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